Partager l'article ! Avant première de la tribune libre hiver 2011.: Comme pour chaque édition du bulletin municipal, nous adressons notre texte au maire plusieurs ...
Lettre ouverte au maire,
Les élus du groupe Vivons Charly ont voté contre le dépôt du permis de construire pour le projet Melchior Philibert. Deux présentations ont été faites lors de la réunion du 24 octobre et du Conseil Municipal du 7 novembre. Elles nous ont permis de prendre la mesure des choix retenus par la municipalité, pour les travaux de réhabilitation des bâtiments existants et la réalisation d’une nouvelle construction.
Nous sommes d’accord sur le fond car la commune a besoin de créer un nouvel espace associatif et une salle de spectacle. Les associations ont besoin de nouveaux espaces pour travailler et faire partager leurs réalisations. Par contre, nous réitérons notre désaccord profond sur le choix architectural retenu et nous émettons une protestation vigoureuse contre la réalisation du nouveau bâtiment.
Nous sommes atterrés de voir à quel point ce bâtiment, massif et tout en bois, porte atteinte à l’intégrité du site. Comme nous l’avons déjà écrit, cette création moderne et imposante, de forme ovoïde, va complètement dénaturer le site. La propriété Melchior Philibert a pourtant été reconnue comme : « un des derniers témoins des maisons des champs exceptionnellement préservés » ! C’est la raison de son inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Nous ne voulons pas que cette nouvelle construction vienne défigurer le bâtiment classé.
De plus, certains éléments de la réhabilitation, ainsi que le type d’architecture prévue pour la nouvelle salle, s’opposent radicalement aux exigences qu’ont les Bâtiments de France envers les particuliers !
Quant-aux prévisions de dépenses pour le site, annoncées lors du conseil municipal du 19 septembre, elles sont passées de 3,1 millions d’euros hors taxes en 2010 à 4,4 million d’euros hors taxes en 2011… Vous avez dit en réunion le 24 octobre, ne pas savoir si tout était bien inclus dans les prix communiqués ! Il semble donc que les coûts de cette opération ne soient pas maitrisés. La période que l’on vit actuellement devrait conduire à plus de sérieux dans les dépenses publiques !
Notre action se veut prudente. Nous ne voulons pas que dans quelques années, il soit nécessaire de prendre des décisions coûteuses pour les Charlyrots. En effet, les options choisies pour l’architecture et les matériaux n’ont pas la réputation de bien vieillir.
Faisant confiance au bon sens de l’équipe municipale, nous sommes persuadés qu’une solution sera envisagée pour transformer cette idée architecturale saugrenue, en une réalisation sérieuse, qui se fonde harmonieusement dans ce site que tout le monde reconnait comme exceptionnel.
Les élus du groupe Vivons Charly.
Il est sain et naturel que, dans une démocratie, ce projet de réhabilitation du domaine Melchior Philibert suscite le débat; cependant, afin que le débat ne dérive pas vers la polémique, il est nécessaire que celui-ci soit dépassionné.
Un peu de réflexion s'impose donc...
Certes le choix du bâtiment qui constituera le "pôle culturel" peut surprendre. Cependant, il convient, en terme de restauration patrimoniale, de ne pas tomber dans l'écueil de l'opposition entre l'ancien et le moderne.
En effet, la réhabilitation d'un site historique ne signifie pas sanctuariser celui-ci mais redonner une nouvelle vie à un héritage reçu tout en respectant son identité première.
On peut respecter l'identité originelle d'un site et la préserver tout en y ajoutant quelques doses de sensibilité actuelle tant que cela n'affecte pas la cohérence de son ensemble.
A ce titre, le choix d'une telle forme de bâtiment n'entrera pas nécessairement en contradiction avec l'ensemble du domaine; de plus, le choix des matériaux (bois, zinc cuivré, etc.) apparaît plutôt judicieux car correspondant aux matériaux jadis utilisés dans les constructions.
A titre d'exemple, qui songerait, aujourd'hui, contester l'existence de la pyramide de verre devant le Louvre? L'idée, à l'époque, avait suscité le débat et pourtant tout le monde semble s'accorder à dire que la réalisation est harmonieuse.
Sans vouloir discourir sur les goûts de chacun (ce qui est de l'ordre de la subjectivité), un tel exemple montre bien que ce choix n'est pas nécessairement contradictoire et n'oublions pas que ce que nous considérons aujourd'hui comme "ancien" a, un jour, été moderne et novateur aux yeux des contemporains.
En outre, la création d'un tel bâtiment ne s'oppose pas à la préservation d'"un des derniers témoins des maisons des champs exceptionnellement préservé" car y joindre une construction moderne en vue d'un rayonnement nouveau ne peut être qu'une chance pour cet héritage en vue de sa pérennisation.
Quoi qu'il en soit, les communs du domaine (qui ne sont que des annexes du corps de ferme) sont dans un tel état de vétusté qu'il n'existe pas d'autre solution que de les démolir.
Enfin, il semble que la concertation, l'étude, la réflexion ont été conduites dans le plus grand des sérieux tout au long de la construction de ce projet alors redonnons toute sa place à la raison la plus rigoureuse plutôt que de jouer sur les peurs et les passions.
Il est aussi naturel que tout le monde n’ait pas les mêmes gouts ni la même perception de ce que doit être la préservation d’un site classé !